Une remarque liminaire : si l'on suit la Tradition le plus strictement du monde, il suffit de rencontrer
quelqu'un qui en parle ou l'écrit sous son vrai nom pour savoir qu'il n'a PAS abouti au grand oeuvre. Dans la longue
histoire de l'alchimie, et de l'alchimie occidentale en particulier, nombreux sont les livres de méthodologie,
c'est-à-dire d'alchimie, mais rares sont ceux qui décrivent, racontent ou évoquent avec le moindre détail le
grand oeuvre. Cela fait partie du procédé habituel des alchimistes qui, toujours,cachèrent leur art aux mauvais
curieux avec nombre de trappes. Ce n'est donc pas trahir que de révéler, puisque cela ne révèle rien, que le
grand oeuvre fut toujours le fruit d'une confusion ou d'un glissement de sens avec l'aboutissement du travail
alchimique au règne minéral chez les souffleurs, les plaisantins ou, tout simplement, le "grand public"
si l'on peut ainsi qualifier le petit peuple des cherchants peu avertis, de bonne foi ou non.
De cette façon, vous noterez que je n'en suis pas au grand oeuvre, puisque j'en parle ! [rires]
- si tant est que j'en soie même au b-a-ba de la méthode métallique, puisque ce n'est même pas le cas. Dans
cette optique, je continue de m'exprimer comme témoin du travail extraordinaire d'alchimistes qui, sans me rien
faire comprendre de finissable de leur grand art, me permettent tout de même de rectifier, de temps à autres quand
l'occasion m'est donnée, l'incroyable fatras de fausses idées, de superstitions et de canulars issus des
vrais alchimistes de jadis pour brouiller les pistes, fatras qui pollue la perception que le public a de la sainte science.
Pour en revenir au grand oeuvre, donc, et bien voici ce que c'est : c'est l'initiation suprême
de l'homme individué. A ne pas
confondre avec celle que les francs-maçons appellent la mort, non. C'est l'accomplissement volontaire d'un acte
bien concrêt, et en toute conscience.
Et si je vous disais lequel, Dieu lui-même m'abandonnerait si ce n'est déjà fait. Sachez seulement, pour être
très honnête, que le grand oeuvre, que j'ai entrevu de comprendre grâce aux "vrais" artistes, n'est pas
la transformation d'un métal en un autre, pas plus qu'il ne s'agit d'un terme vague et
fourre-tout où l'on range toute sorte d'activité spirituelle, religieuse ou sectaire, et... me remplit de craintive
humilité (pas facile, n'est-ce pas ?) comme d'une certaine terreur.
Vous voilà bien avancé, j'imagine ? [rires] Il ne m'a fallu que vingt-trois ans pour commencer à comprendre,
et je vous souhaite de vous taire quand vous en serez là. Moi, à qui la pratique est pour le moment interdite, je
ne sais que prier, et j'espère ne jamais trembler devant le secret.
...
Eques a virtute solis